Peyrepertuse (Aude)


CONFLITS DE FRONTIERE
Accroché à 790 mètres d'altitude sur une crête rocheuse des Corbières,le Château de Peyrepertuse occupe un verrou stratégique à la frontière entre le Languedoc français et le royaume d'Aragon.
Souvent comparé à la cité de Carcassonne,il représente le plus grand ensemble médiéval de la région après la Cité.
Le château bas est connu dès le IXe siècle comme forteresse du comte catalan de Besalù, il passe au roi d'Aragon en 1020. Cette partie du château avec le donjon, la citerne et l'église datent de cette époque. En 1217, au plus fort dela Croisade Albigeoise, Guillaume de Peyrepertuse se soumet personnellement à Simon de Montfort, mais le château reste à l’Aragon. Il sera vendu par Nuno Sanche a Louis IX en 1239. Mais un an plus tard, en 1240, la citadelle sert de réfuge aux troupes du jeune vicomte Trencavel qui avec d’autres seigneurs dépossédés par les Français tente vainement de reprendre Carcassonne, la cité de son père. La tentative échoue et les troupes royales reprennent aussi Peyrepertuse.
Des agrandissements sont alors exécutés avec le renforcement du noyau roman ancien et la création du château St Georges avec sa chapelle et l’escalier, qui furent ajoutés sur le côte nord de la crête rocheuse et dominent de 60 mètres le château bas. Le chateau devient un maillon dans la protection de la frontière face à l'Aragon jusqu'au traité des Pyrénées en 1659.


CITADELLE DU VERTIGE

Bel exemple de l’art militaire au Moyen Age, Peyrepertuse faisait partie du système de défense appelé “les cinq fils de Carcassonne” avec les châteaux de Quéribus, Aguilar,Termes et Puilaurens. Il est certainement le plus grand d’entre eux: 300 m. de long, et une surface intérieure de plus d’un hectare.
Cette impressionnante citadelle présente un intérêt plus militaire qu’artistique. Il y eut certes ici deux églises, mais il ne reste qu’une partie de l’abside de la plus ancienne, romane, dans le “château bas”.
Remarquable l’escalier Saint Louis qui mène au “château haut”: 60 marches creusées dans le rocher, au bord du gouffre. Une montée dangereuse, au point qu’elle est carrément interdite les jours de pluie et de vent.


RESISTANCE OCCITANE
“Venetz ambe nosautres seguir lo camin de l’Istoria..” ainsi chante le poète occitan Claudi Martì. Ce chemin passe certainement par Peyrepertuse, sur les traces de Raymond Trencavel. Quand Simon de Montfort prit Carcassonne, en 1209, Raymond était un enfant. Son père fut emprisonné et laissé mourir dans une cellule de son propre château. Raymond grandit en exil en Catalogne et fit de la revanche le but de sa vie. Il revint à Carcassonne lors de la révolte de 1224, mais en fut chassé par une nouvelle Croisade.En 1240, le revoilà à la tête de nombreux seigneurs “faidits”d’Occitanie, mais il ne prit qu’une partie de Carcassonne: battu, il se réfugia ici, à Peyrepertuse, pour en repartir vers la Catalogne sans espoir de retour. On perd alors toute trace de Raymond: avec lui disparaissait la famille des Trencavel, balayée par l’Histoire comme tant d’autres lignages de l’aristocratie occitane. Elle allait être remplacée par les barons du Nord, venus pour rester.